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Violence des usagers : quelles parades professionnelles ?
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Entretien avec Anne Lagadec, ingénieur d'études, responsable du service de formation continue de l'université Sorbonne nouvelle, Paris III.
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Pendant 17 ans, Anne Lagadec a été éducatrice, chef de service puis formatrice à la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Côté recherches, elle a travaillé sur la délinquance des mineurs, mais aussi sur les formes de violence faites à l’encontre des jeunes.
Aujourd’hui, elle propose des formations à des professionnels souvent désarmés face à des situations de violence.
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Anne Lagadec : Une augmentation, non. Quand on lit des textes qui datent d’un siècle, on constate que les violences étaient identiques. Elles étaient même parfois beaucoup plus organisées et beaucoup plus fortes.
La différence avec aujourd’hui, c’est qu’on en parle davantage.
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A. L. : La violence relève du pulsionnel. Suivant l’appareil psychique de chacun, ces pulsions peuvent être transformées en quelque chose de positif ou de négatif.
C’est pourquoi pour définir le mot violence, je pars de sa racine latine vis, vires qui veut dire "la force". Une force qui doit être canalisée par l’éducation, l’environnement et le contexte familial. Sans quoi, à un moment donné, elle pourra être utilisée à mauvais escient.
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A. L. : Tout d’abord, on prend en compte dans chaque formation le fait que les gens ont des seuils de tolérance différents par rapport à la violence. C’est pourquoi on ne travaille pas sur des situations de violence qu’ils ont eux-mêmes vécues : elles seraient trop chargées sur le plan émotionnel. On utilise des situations que nous avons construites, des situations réelles, mais reformalisées.
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A. L. : Non. Les professionnels qui ont subi des situations de violence graves, voire traumatiques, sont souvent en grande difficulté, parfois même en arrêt maladie. Ils ont beaucoup de mal à reprendre le travail, à tourner la page.
On leur propose donc une analyse de la pratique avec l’appui d’un clinicien ou d’un consultant en formation. Cette analyse est une sorte de débriefing qui leur permet de ne pas rester sur leur expérience, de passer à autre chose et de continuer à travailler.
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A. L. : Cela arrive parfois. Face aux jeunes violents, certains professionnels le deviennent à leur tour. C’est un phénomène de miroir. Quand les coups partent d’un côté, les coups partent de l’autre.
C’est une situation alarmante. Surtout que ces jeunes n’ont souvent connu que la violence. En tant qu’intervenant, nous devons faire comprendre aux professionnels qu’il est primordial de passer à un autre type de réponse. Ce qui est extrêmement difficile.
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A. L. : Les gens mettent souvent en avant le manque de moyens et leur sentiment d’impuissance face à des situations de travail complexes. Lors de la conférence, une professionnelle intervenant auprès de personnes SDF a souligné que le fait de leur annoncer qu’elle n’avait pas pu trouver d’hébergement était en soi très violent. Et qu’elle le vivait très mal.
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A. L. : Que dans le travail social, il faut se résoudre à accepter qu’on ne sauvera jamais tout le monde. Nous sommes dans un contexte économique, social et politique dans lequel on ne peut pas toujours répondre à 100 % aux demandes.
Mais en essayant de travailler sur soi-même et sur ces situations professionnelles, on peut prendre du recul. Ce qui permet de ne pas arriver à ce qu’on appelle un burn-out, c'est-à-dire l’impression qu’on ne sert plus à rien, que notre travail n’a plus de sens.
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