Solidarité: Vie Sociale, Aides, Aide sociale, Violence, Handicap - Hauts-de-Seine 92
Jeudi 08 janvier 2009

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Marie-Cécile David (CP : service Image/CG 92)

Prévention et protection : des dispositifs à penser


Entretien avec Marie-Cécile David, psychologue, consultante et formatrice de l’organisme Trajectoires.


Comment conjuguer professionnalisme, efficience et humanité dans la mise en œuvre de dispositifs qui impliquent aujourd’hui de multiples acteurs ?

Hauts-de-Seine.net : Qu’est-ce qui rend aujourd’hui aussi difficile l’exercice de ces missions de prévention et de protection, qui sont au cœur du "travail social" ?


Marie-Cécile David : Il faut d’abord revenir sur le contexte dans lequel s’effectue ce travail social. Notre société est traversée par des mutations sociales et économiques qui conduisent à un bouleversement des repères et des perspectives, à une fragilisation des formes traditionnelles de solidarité.
La précarité augmente et elle n’est pas seulement sociale. Elle est aussi identitaire et relationnelle. Dans ce contexte, la lutte contre l’exclusion et la précarité ne peut plus se limiter à l’assistance de publics déterminés, ni même à la multiplication de droits sociaux.
Prévenir la vulnérabilité, aujourd’hui, c’est soutenir et renforcer le lien social. Cela induit de nouvelles pratiques et de nouvelles postures professionnelles, parce qu’il s’agit de s’inscrire dans des politiques locales et partenariales qui privilégient une approche transversale des personnes et des dynamiques de vie.

Hauts-de-Seine.net : Précisément, de nombreux dispositifs de prévention et de protection des personnes vulnérables reposent aujourd’hui sur le partenariat…


Marie-Cécile David : C’est le fruit d’une autre évolution, d’une prise de conscience collective qui se traduit sur le plan institutionnel. Depuis une quinzaine d’années, nous sommes progressivement sortis du déni des violences faites aux personnes vulnérables. Les politiques, le secteur associatif, les citoyens eux-mêmes se sont mobilisés autour de ces questions.
De nouveaux dispositifs se sont mis en place, autour de la protection de l’enfance tout d’abord, puis autour de l’exclusion, des personnes en perte d’autonomie… Des mots tels que "repérage", "dépistage", "vigilance", "diagnostic", "prévention", "protection"… ne sont plus utilisés par les seuls professionnels du champ social. D’autres acteurs s’en sont saisis : parlementaires, élus locaux, associations.
Il faut que les professionnels acceptent le regard et la légitimité d’intervention de ces nouveaux acteurs, qui appréhendent les mêmes questions avec d’autres points de vue, d’autres valeurs, d’autres finalités, parfois plus "gestionnaires" ou plus sécuritaires.
Cela implique au préalable que les professionnels réfléchissent à leur propre positionnement, à leur cadre de mission, aux finalités et aux valeurs qui fondent leurs interventions.

Hauts-de-Seine.net : Quelles sont les difficultés inhérentes à ces rapports partenariaux ?


Marie-Cécile David : En matière de prévention, les professionnels de l’action sociale hésitent à s’impliquer dans des dispositifs tels que la "réussite éducative" ou les conseils locaux de prévention de la délinquance. Ces dispositifs, qui engendrent parfois  une représentation négative des personnes fragiles ou en difficulté, vont à l’encontre des dynamiques productrices de changement.
Ils vont dans le sens d’une gestion segmentée et d’une responsabilisation des publics en difficulté, avec le risque de les stigmatiser et de les maintenir en position d’assistance.
C’est précisément là que les professionnels du social ont à faire valoir leur expertise, pour proposer d’autres lectures, initier d’autres approches et inciter à la mise en œuvre de projets qui se fondent sur les ressources et la mobilisation des personnes concernées.
En ce qui concerne la protection et l’accompagnement des personnes vulnérables, le partenariat du pôle de l’action sociale avec ceux de la justice et du soin est bien balisé. Mais il faut souligner que chacun des partenaires couvre un type de compétences très cloisonné, avec une culture professionnelle particulière, des méthodes et des légitimités d’intervention très différentes. Il ne suffit pas de bien connaître les articulations entre ces trois pôles pour avoir un bon positionnement professionnel. Il faut penser la complémentarité et la continuité dans la prise en charge des personnes, il faut construire un partenariat de sens.  

Hauts-de-Seine.net : Quels sont les repères méthodologiques et déontologiques qui peuvent aider les professionnels à se situer dans une démarche de bientraitance vis-à-vis des personnes fragiles et vulnérables ?


Marie-Cécile David : Repérer la vulnérabilité, recueillir l’information, c’est d’abord être disponible, à l’écoute, aider à la parole, encourager l’expression de souffrances intimes. C’est aussi se sentir légitime à intervenir dès lors qu’il y a suspicion de maltraitance, et ce, même si la demande d’aide n’est pas explicite, même si le problème soulevé n’est pas en lien direct avec la question pour laquelle le travailleur social a été sollicité.
C’est aussi savoir évaluer ce qui fait risque, se mobiliser pour aider la personne à se protéger, en se gardant bien de "signaler" trop vite, car le signalement n’est jamais une fin en soi, il doit s’inscrire dans un accompagnement réfléchi et pluridisciplinaire des victimes et des auteurs…

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