Solidarité: Vie Sociale, Aides, Aide sociale, Violence, Handicap - Hauts-de-Seine 92
Jeudi 08 janvier 2009

92 - Conseil général des Hauts-de-Seine

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Droit des victimes : savoir raison garder…


Entretien avec maître Michel Zaoui, avocat au barreau de Paris.


Porte-parole des anciens déportés lors des procès Barbie, Touvier ou Papon, ou des hémophiles lors de "l’affaire du sang contaminé", ce spécialiste du crime contre l’humanité élève la voix pour nous mettre en garde contre une tendance excessive à la "victimisation".
Hauts-de-Seine.net : En quoi, selon vous, y a-t-il eu dérive dans la prise en compte des victimes ?
HdS.net : Notre société est donc allée trop loin dans ses devoirs envers les victimes ?
HdS.net : Qu’est-ce qui est à l’origine de cette dérive ?
HdS.net : En quoi ce mode de pensée est-il dangereux ?

Hauts-de-Seine.net : En quoi, selon vous, y a-t-il eu dérive dans la prise en compte des victimes ?


Michel Zaoui : Nous sommes dans une société qui donne la première place au fait divers, au malheur d’autrui : il suffit de regarder le premier quart d’heure du journal télévisé de 20 heures pour le constater !
Cette société cultive un certain mythe d’égalité démocratique, selon lequel nous devons tous nous ressembler. Et pour s’identifier à l’autre, le meilleur vecteur de reconnaissance est la souffrance. Dans ce registre compassionnel à l’excès, le premier critère de reconnaissance sociale, c’est la victimisation. On n’admire plus quelqu’un pour ce qu’il a entrepris, pour ses vertus, pour son héroïsme ; on le reconnaît parce qu’il a été victime. 

HdS.net : Notre société est donc allée trop loin dans ses devoirs envers les victimes ?


M. Z. : Sans aucun doute. Qu’on me comprenne bien : les victimes, qui ont longtemps été ignorées par notre société, doivent être entendues et reconnues. Mais quand l’état de victime devient un statut de victime, quand les victimes exigent bien plus qu’une juste et légitime réparation, quand elles font la loi et dictent le droit, alors nous tombons dans l’excès inverse.

 

HdS.net : Qu’est-ce qui est à l’origine de cette dérive ?


M. Z. : Je ne suis ni sociologue, ni psychologue, je ne me hasarderai donc pas à avancer des explications sur ses causes profondes. Par contre, il est possible de la dater, historiquement. Cela remonte aux années 60-70.
Plus tard, par exemple lors du procès du sang contaminé, les associations de victimes ne se sont pas contentées de faire valoir leurs droits, elles ont tenté de dire de quelle manière la justice devait être rendue, confondant réparation et sanction. Ce même procès a d’ailleurs montré le besoin qu’a notre société d’aller chercher un coupable à un très haut niveau, selon l’idée communément partagée "qu’on nous cache toujours quelque chose".

HdS.net : En quoi ce mode de pensée est-il dangereux ?


M. Z. : Le risque, c’est de toujours réagir face à l’événement brut, de ne plus savoir prendre de distance par rapport au malheur et à l’émotion. On en arrive à contester la finitude humaine : notre société – marquée par un progrès technique sans précédent – n’accepte plus notre statut d’humain, les coups durs, les accidents, la maladie, la douleur, la mort… Du coup, on recherche toujours une cause au malheur, un responsable. Le plus souvent, on attaque ceux qui ont réussi, qui incarnent le pouvoir, en adoptant un mode de pensée binaire dominants/dominés, exploiteurs/exploités, qui est très loin de représenter la complexité de la vie. Il y a là une régression collective inquiétante qui traduit sans doute une angoisse profonde.

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