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Jeudi 08 janvier 2009

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Le traumatisme psychique chez l'enfant


Entretien avec Lionel Bailly, pédopsychiatre et praticien hospitalo-universitaire à l'University College London.


Lionel Bailly a beaucoup travaillé auprès d’enfants victimes ou témoins d’événements dramatiques. Au-delà du désormais classique concept de "PTSD" (Post Traumatic Stress Disorder), qu’il juge trop réducteur, il nous propose un modèle pour mieux comprendre le mécanisme et les effets des traumatismes psychiques.

Hauts-de-Seine.net : Les cas de traumatisme psychique ne sont-ils pas rarissimes ?


Lionel Bailly : Pas du tout. Nombreux sont les événements susceptibles de traumatiser une personne. On pense bien entendu à des circonstances exceptionnelles : attentat, catastrophe naturelle… Mais il y a aussi des situations malheureusement plus courantes, comme les accidents de voiture, les agressions, la violence familiale ou interindividuelle, la maltraitance… Ce qui est intéressant, c’est qu’un événement potentiellement traumatogène n’aura pas le même impact sur chaque individu : tout dépend de l’appréciation subjective qu’il en fera.

HdS.net : Comment définissez-vous le traumatisme psychique ?


L. B. : C’est un phénomène de débordement du psychisme d’une personne, qui se trouve dans l’incapacité de symboliser une expérience effrayante. Cet événement est porteur d’un message qui va à l’encontre de ce que la personne tenait pour vrai dans sa compréhension d’elle-même et du monde, elle se trouve donc dans l’incapacité de penser, d’élaborer, de réagir. Le traumatisme peut naître d’une confrontation avec la mort ou avec des pulsions destructrices, mais il peut aussi trouver son origine dans l’attaque du symbolisme : transgression des lois sociales, morales, des tabous, attaque du langage, de la logique…

HdS.net : Pourquoi la notion de PTSD vous apparaît-elle insuffisante ?


L. B. : Ce concept, créé par les Américains pour décrire les troubles dont souffraient les vétérans de la guerre du Vietnam, ne recouvre qu’une partie des aspects des syndromes liés au traumatisme psychique, à savoir sa symptomatologie clinique : cauchemars, phénomènes de reviviscence, d’évitement, etc. Mais le traumatisme a des effets beaucoup plus larges qu’il importe de prendre en compte : maladies psychosomatiques, modifications de la personnalité, troubles du développement chez l’enfant…

HdS.net : Face à un événement potentiellement traumatogène, les enfants sont-ils plus vulnérables que les adultes ?


L. B. : Je ne pense pas : la fragilité n’est pas plus grande, mais elle est qualitativement différente. En effet, les événements qui risquent d’avoir sur eux un effet traumatique majeur sont différents de ceux qui peuvent traumatiser un adulte. Ainsi, pour un très jeune enfant, une expérience de séparation brutale peut être l’équivalent d’une expérience de mort chez l’adulte.
Ce qui est certain, c’est que l’impact du traumatisme est différent chez un être en devenir. Le développement de la personnalité de l’enfant va être affecté, à la suite d’un arrêt sur l’image traumatique. Certains enfants seront passifs, inhibés, d’autres vont montrer une agressivité inhabituelle, ou vont rejouer la scène traumatique à travers des mises en scène violentes, dangereuses… D’autres enfin peuvent développer des "points forts" et faire preuve de capacités de résilience surprenantes.

Lionel Bailly est intervenu en février à l'hôtel du département dans le cadre du cycle de conférences organisé à destination des professionnels de l'action sociale sur le thème: "veille et vigilence envers les personnes vulnérables".


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