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Jeudi 08 janvier 2009

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La famille contemporaine : solide et fragile à la fois


Pour les parents, mener leur tâche d'éducation est une mission sensible, en lien avec l'évolution de la cellule familiale. Explication avec la sociologue Pascale Donati.


On dit la famille contemporaine déstabilisée, émiettée, déchirée. Cette "crise" a-t-elle un lien avec l’état de vulnérabilité ?

- Hauts-de-Seine.net : Les familles sont-elles réellement moins solides qu’autrefois ?


- Pascale Donati : Il faut se garder d’une nostalgie qui confine à l’angélisme… Les familles du temps jadis n’étaient ni plus stables, ni plus unies qu’aujourd’hui. Les veufs, veuves et orphelins étaient nombreux, et les archives judiciaires montrent qu’il ne s’agissait pas forcément d’un havre de paix !
Toutefois, il est vrai que les liens familiaux ont beaucoup évolué ces quarante dernières années, reflétant en cela les profondes mutations intervenues dans la société : maîtrise de la fécondité, travail des femmes, égalité des sexes, contestation des formes traditionnelles d’autorité, montée de l’individualisme…
Ces évolutions ont abouti à un modèle familial contemporain fondé sur une logique affective. Le lien conjugal, effectivement, s’est fragilisé. Les divorces et les séparations sont d’autant plus nombreux que l’on demande beaucoup au couple :
- être fondé sur une relation harmonieuse,
- apporter une certaine sécurité,
- mais aussi permettre à chaque conjoint de s’épanouir et de disposer d’une certaine liberté…
Par contre, l’enfant, placé au cœur de la famille, occupe une place primordiale. Le lien parental s’est renforcé et le droit veille désormais à ce qu’il subsiste au-delà de la séparation.

- Hauts-de-Seine.net : Dans ce contexte, la fonction parentale a, elle aussi, évolué…


- Pascale Donati : Effectivement. Pendant très longtemps, élever un enfant consistait à transmettre un patrimoine, ainsi que des valeurs, des principes dont on avait soi-même hérité.
Aujourd’hui, la famille a toujours une fonction de reproduction sociale, mais la transmission est moins mécanique, moins évidente. Le travail parental consiste à aider l’enfant à s’épanouir et à trouver son chemin vers l’autonomie, tout en lui fixant des repères et des limites. Il consiste aussi à répondre aux exigences de l’école, c’est-à-dire à faciliter l’acquisition d’un capital scolaire.
Que transmettre, comment accompagner l’enfant dans ses apprentissages sont des questions potentiellement anxiogènes pour les parents, qui n’ont pas tous les mêmes compétences et les mêmes ressources pour mener à bien leur mission…

- Hauts-de-Seine.net : La famille constitue-t-elle encore une valeur sociale crédible ?


- Pascale Donati : En tous cas, c’est une valeur largement plébiscitée par les Français, comme le montrent les sondages… Il est d’ailleurs extrêmement intéressant de voir que la famille “nucléaire” classique (parents de sexe différent + enfants), demeure le modèle de référence : 80 % des familles ayant un enfant de moins de 25 ans répondent à ce critère. Les familles monoparentales ou recomposées ne sont que des prolongements de ce modèle dominant.
Mais la vie familiale est devenue moins linéaire, elle évolue selon différentes séquences.
Or, les conséquences des aléas de la vie conjugale ne sont pas les mêmes pour tous. Ainsi, le coût d’un divorce ou d’une séparation est plus élevé pour les femmes, même si de récents travaux mettent en exergue la vulnérabilité de certains pères après la rupture : les difficultés financières et de logement, les problèmes psycho-affectifs, la solitude ne sont pas exclusivement le lot des femmes.
Il est par ailleurs à souligner que les recompositions familiales ne sont pas vécues de la même manière dans tous les groupes sociaux. Elles sont plus fréquentes dans les milieux modestes, où le lien parental ne survit pas toujours à la rupture : le beau-père devient alors un véritable père de substitution. Dans les milieux plus aisés, par contre, le couple parental demeure, et le lien entre l’enfant et le beau-parent s’inscrit dans un registre relationnel différent.

Pascale Donati est membre du laboratoire PRINTEMPS (Professions, Institutions et Temporalités) à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Elle a beaucoup travaillé sur la famille contemporaine.

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